Durabilité : la croissance sans croissance économique ?

19/01/2021

Durabilité : la croissance sans croissance économique ?

 

L’Agence Européenne de l’Environnement constate que la croissance économique mondiale ne se détache pas d’une surconsommation des ressources naturelles et qu’il est donc indispensable de s’interroger sur la soutenabilité de nos modèles. Comment la société peut-elle se développer et croître en qualité (objectifs sociaux, solidarité, empathie…) plutôt qu’en quantité (niveau de vie matériel), et ce de manière plus équitable ? À quoi sommes-nous prêts à renoncer pour répondre à nos ambitions de développement durable ?

 

En effet, l’Europe consomme plus et contribue davantage à la dégradation de l’environnement que d’autres régions et, selon l’AEE elle-même, les chances de l’Europe d’atteindre ses objectifs de politique environnementale pour 2020, 2030 et 2050 sont faibles. Si certains pays sont parvenus à réduire leurs émissions depuis les années 1995, cela est majoritairement dû à la délocalisation d’activités à forte consommation énergétique vers des pays tiers ou à la financiarisation de l’économie. Une baisse absolue de l’impact environnemental impliquerait de se transformer fondamentalement en direction de modèles différents d’économie et de société – et non plus simplement d’effectuer des gains d’efficacité dans la cadre de notre système actuel.

 

Historiquement, les États ont adopté une pensée économique entièrement articulée autour de la notion de croissance économique, et pour laquelle les questions sociales et environnementales constituent des externalités. C’est pour cela que la croissance est très fortement enracinée aux plans culturel, politique et institutionnel : dans le monde entier, la légitimité des gouvernements est évaluée sur leur capacité à générer de la croissance économique et à créer des emplois.

Mais les dernières décennies ont vu naître une variété d’initiatives théoriques visant à repenser l’économie (croissance verte, post-croissance, économie du donut, décroissance…). Des perspectives radicales sont même ouvertes par des domaines tels que les études de transition, la science post-normale, l’économie écologique et les études de résilience. Historiquement, il existe aussi tout un éventail de communautés religieuses, laïques ou spirituelles qui ont développé et appliquent des modes de vie plus « simples » (écovillages, Amish, Quakers, communautés internet, « small is beautiful »…). Les idées comme le revenu universel ou la réduction du temps de travail sont aujourd’hui remises sur la table avec pour objectif de résoudre les problématiques d’inégalités ou de chômage et d’augmenter la qualité de vie des populations.

Dans ses textes fondateurs, l’UE s’est dotée de valeurs fondamentales : la dignité humaine, la liberté, la démocratie, l’égalité, l’État de droit. Ces valeurs ne peuvent être réduites à une augmentation du PIB ou une possibilité de consommation matérielle. Puisqu’il existe des limites évidentes à la croissance économique et à la trajectoire actuelle, le moyen d’atteindre la durabilité consiste à créer des modes de vie, des communautés et des sociétés qui consomment moins tout en étant attractifs pour tout le monde. Et pas seulement pour les individus avec un intérêt spirituel ou idéologique.

 

Ce changement est délicat dans la mesure où la croissance est aujourd’hui reliée à des indicateurs tels que l’espérance de vie, l’éducation ou la part de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté. Cependant, la croissance économique n’a pas permis de réduire les inégalités tant au niveau mondial qu’à l’intérieur des États. Et si l’Europe concentre des sociétés parmi les plus égalitaires au monde, elle a tout de même constaté une augmentation des inégalités.

Notre société connaît actuellement des limites à la croissance car elle définit celle-ci en termes d’activités économiques et de consommation matérielle. Mais elle pourrait l’être en termes de qualité de vie, d’éthique, de justice et plus largement de valeurs existentielles humaines. La crise actuelle nous amène à repenser en profondeur nos activités sous l’angle de la durabilité : que pourrait-on réaliser en termes de progrès humain si le Pacte vert européen était mis en œuvre dans le but de pousser les citoyens, les communautés et les entreprises européens à créer des pratiques sociales innovantes qui ont peu ou pas d’impacts environnementaux tout en poursuivant une croissance qui soit sociétale et personnelle et non plus économique ?

 

Synthèse issue de l’article « Growth without economic growth », disponible sur le site de l’Agence Européenne de l’environnement : https://www.eea.europa.eu/themes/sustainability-transitions/drivers-of-change/growth-without-economic-growth